
Observatoire de l’eau
© Thomas Volpoet
L’Ecrevisse à pieds blancs, une espèce aquatique à enjeu majeur de conservation

En 2025, la présence de l’Ecrevisse à pieds blancs est d’ores et déjà confirmée sur 20 stations de la partie haut-marnaise du Parc national.
Source : FEDER GE espèces aquatiques à enjeu – Camille Savary – 2025
Ecrevisse à pieds blancs © Marlène Crubillé
Portrait de l’Ecrevisse à pieds blancs
L’Ecrevisse à pieds blancs (Austropotamobius pallipes) est un crustacé décapode (10 pattes) de la famille des Astacidae.
Les écrevisses ont un comportement grégaire (elles vivent en groupe). Afin d’éviter les prédateurs, cette espèce est principalement active la nuit et elle se dissimule en journée dans des cavités, des abris racinaires ou des cailloux. Cette espèce autochtone est également un bioindicateur de la qualité des cours d’eau car elle est exigeante. Elle a besoin d’eaux riches en calcium, fraîches, bien oxygénées, non polluées et de fonds peu colmatés.
Sa reproduction a lieu à l’automne (entre septembre et novembre). La ponte des œufs a lieu dans les 2 semaines qui suivent. Ils sont incubés durant tout l’hiver et éclosent au printemps, entre avril et août selon la température de l’eau.
La croissance des juvéniles se fait par des mues successives. La calcification de la carapace est plus efficace dans les eaux riches en calcaire. Souvent, la mue permet des réparations de la carapace et même la repousse progressive d’une patte ou d’une pince. La mue nécessite aux juvéniles plus d’apport énergétique et de protéines animales. Ils sont donc d’avantage carnivores que les adultes en se nourrissant de plancton et de petits animaux. Puis l’alimentation des écrevisses se diversifie (mollusques, larves d’insectes, têtards, algues…). Du cannibalisme peut avoir lieu envers des juvéniles.
En savoir plus sur l’Ecrevisse à pieds blancs
Fiche de l’espèce sur le portail de la SHNA – Observatoire de la faune de Bourgogne
Guides de détermination des écrevisses
Quels sont les enjeux de conservation de l’espèce ?
L’Ecrevisse à pieds blancs est inscrite à la liste rouge du comité français de l’IUCN avec le statut VU (vulnérable) en France et EN (espèce en danger) au niveau mondial.
Cette espèce à enjeu majeur de conservation pour le Parc national de forêts est protégée au titre de l’article R.432-1 du Code de l’Environnement. L’arrêté du 21 juillet 1983 impose la protection des habitats des écrevisses autochtones. L’Écrevisse à pieds blancs est également inscrite aux annexes II et V de la Directive Habitats Faune Flore et à l’annexe III de la Convention de Berne.
En 1999, le premier atlas des écrevisses protégées a été réalisé par le département de la Haute-Marne. Et depuis 2000, le Groupe Ecrevisse Bourguignon (GEB) mène un programme régional de prospections, ayant conduit à l’élaboration d’une liste rouge des écrevisses de Bourgogne en 2014 et à la publication d’un atlas régional en 2022 dans la revue Bourgogne Franche Comté Nature.
Quelles sont les raisons d’un statut de conservation aussi défavorable ?
Les pressions qui s’exercent sur l’Ecrevisse à pieds blancs :
- L’introduction d’espèces exotiques envahissantes : compétition pour les ressources et introduction de la peste des écrevisses
- La dégradation ou la modification des cours d’eau : piétinement des berges par les troupeaux, disparition de la ripisylve, création d’obstacles, rectification du lit…
- La pollution des eaux ou encore l’augmentation de la température de l’eau.
Zoom sur les écrevisses exotiques envahissantes

Ecrevisse signal © Arnaud Julien
Les écrevisses invasives sont moins exigeantes et tolèrent plus facilement les variations du milieu. L’Ecrevisse de Californie ou Ecrevisse signal (Pacifastacus leniusculus) pond entre 150 et 400 œufs tandis que l’Ecrevisse à pieds blancs pond entre 60 et 120 œufs. L’Ecrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii), est capable d’avoir une ponte différée en fonction des conditions environnementales. De plus, la maturité sexuelle est atteinte au bout d’un an chez l’Ecrevisse de Louisiane contre 3 à 4 ans pour l’Ecrevisse à pieds blancs.
K ou R ? Deux stratégies de reproduction bien différentes
Stratégie K
>>L’Ecrevisse à pieds blancs
– le nombre de descendants est faible,
– la croissance est lente,
– la maturité sexuelle est atteinte tardivement mais la durée de vie est longue.
Stratégie R
>>L’Ecrevisse de Louisiane
– le nombre de descendants est significativement plus important,
– la maturité sexuelle est atteinte dès la première année,
– la croissance est rapide et la vie est plutôt courte.
Les écrevisses invasives développent encore d’autres stratégies : elles peuvent résister plus longtemps hors de l’eau car elles supportent un plus faible taux d’oxygène dissous, elles résistent mieux aux maladies, elles sont porteuses saines de la peste de l’écrevisse (Aphanomyces astaci). Ce champignon importé d’Amérique du Nord et apparu en Italie dans les années 1860, décime les populations d’écrevisses à pieds blancs.
En France, 10 espèces d’écrevisses sur 13 présentes sur le territoire sont des espèces exotiques envahissantes
3 espèces sont autochtones :
L’Ecrevisse à pieds blancs (Austropotamobius pallipes)
L’Ecrevisse à pattes rouges (Astacus astacus)
L’Ecrevisse des torrents (Austropotamobius torrentium)
10 espèces sont invasives :
*L’Ecrevisse américaine(Faxonius limosus), originaire d’Amérique du Nord
*L’Ecrevisse de Californie ou écrevisse signal ou écrevisse du Pacifique (Pacifastacus leniusculus), originaire de la Côte Ouest des Etats Unis
*L’Ecrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii), originaire du nord du Mexique et du Sud Est des Etats Unis
L’Ecrevisse à pattes grêles (Pontastacus leptodactylus), originaire d’Asie
L’Ecrevisse marbrée (Procambarus virginalis)
L’Ecrevisse juvénile (Faxonius juvenilis)
L’Ecrevisse calicot (Faxonius immunis)
L’Ecrevisse à pinces bleues (Faxonius virilis)
L’Ecrevisse de Murray ou Yabbie (Cherax destructor), originaire d’Australie
*espèces invasives observées sur le territoire du Parc national de forêts ou à proximité
Pour en savoir plus > Centre de ressources espèces exotiques envahissantes
>> L’action du Parc national de forêts
Par sa localisation en tête de deux grands bassins hydrographiques, le Parc national porte une responsabilité de préservation des espèces aquatiques. Il développe un programme de conservation de l’Ecrevisse à pieds blanc en s’appuyant sur un projet européen FEDER Grand Est qui se décline en trois axes :
– Amélioration des connaissances (synthèse des connaissances, prospections complémentaires)
– Restauration des habitats et lutte contre les pressions
– Sensibilisation et Communication
Le coût total du projet s’élève à 416 913,30 € dont 250 147,98 € de subvention FEDER de l’Union européenne. Il se déroule sur 3 ans de 2024 à 2027.
>> Mise en œuvre d’une méthode de détection basée sur l’ADN environnemental
En complément des prospections visuelles, le Parc national de forêts expérimente une méthode non invasive basée sur la détection dans l’eau de l’ADN environnemental (ADNe) laissé à l’état de traces par les espèces présentes.
Cette analyse permet d’évaluer la présence ou l’absence des espèces étudiées. C’est une méthode particulièrement utile pour détecter la présence d’espèces difficiles à observer ou dans des secteurs difficiles d’accès. Elle permet en outre la détection de pathogènes (peste de l’écrevisse).
Cette technique a été mise en œuvre en 2024 et 2025 sur le territoire du Parc national à des fins de détection de l’Ecrevisse à pieds blancs et de la peste de l’écrevisse.
Résultats des investigations 2024-2025
Grâce aux prospections visuelles et à la mise en œuvre de prélèvements ADNe, nous disposons à présent d’une meilleure connaissance des secteurs où l’Ecrevisse à pieds blancs est actuellement présente. Sa présence a ainsi pu être confirmée sur 20 stations.
La présence d’écrevisses invasives a également été confirmée, permettant de mieux localiser les zones de pression sur l’Ecrevisse à pieds blancs.
La présence d’espèces invasives pouvant entraîner la présence de la peste de l’écrevisse, il faut redoubler de vigilance. Afin d’éviter de disperser ce pathogène, la désinfection des bottes est un préalable indispensable pour toute personne entrant dans les cours d’eau,
Les données de la Côte d’Or viendront prochainement compléter celles qui viennent d’être acquises en Haute-Marne.

Prélèvement ADNe méthode Spygen © Camille Savary

Prospection nocturne © Arnaud Julien
Ressources
Publications sur les écrevisses
Les écrevisses de Bourgogne Franche Comté – Atlas de Bourgogne – Revue scientifique BFC nature Hors série 18 – 2022
Les écrevisses. Damien LERAT & Laurent PARIS. La feuille de Néomys n°7 2003
Elaboration d’une Liste rouge des écrevisses en Bourgogne. SHNA. 2014
Votre contact au Parc national de forêts
Camille SAVARY– Chargée de projet Espèces aquatiques FEDER Grand Est – 07 89 33 73 15 – camille.savary@forets-parcnational.fr