Observatoires des forêts
Le Pic cendré dans le Parc national de forêts
Le Parc national de forêts
Espèce inscrite à l’annexe 1 de la Directive Oiseaux (directive 2009/147/CE) et espèce protégée au niveau national (arrêté 2009).
Présent, en France surtout sur une bande Alsace/Bretagne. Mondialement, 11 sous-espèces allant de la France au Japon …
Une cinquantaine de couples potentiels de pics cendrés identifiés sur le territoire du Parc national de forêts.
Présentation générale du Pic cendré
Le Pic cendré (Picus canus) est un oiseau forestier appartenant à la famille des Picidés. De taille moyenne, il se distingue par son plumage discret, dominé par des teintes gris cendré et vert olive. Le mâle présente une petite tache rouge sur le front, absente chez la femelle. C’est un oiseau forestier discret, présent dans certaines régions d’Europe et d’Asie. En France, il est surtout associé aux forêts feuillues ou mixtes riches en vieux arbres. Il fait partie des espèces indicatrices de la qualité écologique des forêts tempérées européennes.
Dans le territoire du Parc national de forêts, cette espèce peut être observée dans plusieurs massifs forestiers. Sa présence dépend notamment de la disponibilité d’arbres âgés, de bois mort et de milieux forestiers peu perturbés.
Sa présence dans le Parc national de forêts témoigne de la richesse des milieux boisés du territoire.
Le suivi du Pic cendré apporte ainsi des informations utiles sur l’état et l’évolution des habitats forestiers.
Caractéristiques morphologiques
| Longueur | 27 – 33 cm |
| Envergure | 38 – 40 cm |
| Masse | 120 – 165 g |
| Plumage | Dos vert olive, tête grise, moustaches noires étroites, calotte rouge au front uniquement chez le mâle |
| Longévité | Jusqu'à 6 ans en milieu naturel |
Écologie (habitat, comportement)
Habitat
Le Pic cendré est une espèce strictement forestière, fréquentant préférentiellement les régions humides et fraiches, les forêts matures, les bois feuillus ou mixtes avec une préférence pour les hêtraies. Ces milieux présentent des arbres de gros diamètre, du bois mort, et une forte présence de fourmis.
Régime alimentaire
Le Pic cendré est principalement myrmécophage : il se nourrit en grande majorité de fourmis et de leurs larves. Il les capture aussi bien au sol que dans le bois en décomposition, grâce à sa langue longue et gluante. Elle lui permet d’extraire les insectes des galeries souterraines et des souches en décomposition.
Il consomme également d’autres insectes comme les termites, les coléoptères et leurs larves charnues, particulièrement les xylophages, et d’autres arthropodes comme les araignées, les mille-pattes, etc. Il lui arrive de consommer également baies, fruits, et graines en complément.
Reproduction
La reproduction a lieu entre mars et juin. Le couple, généralement monogame, creuse chaque année une nouvelle cavité dans un arbre, souvent un hêtre, un charme ou un peuplier, et produisent une seule nichée par an.
La ponte comprend en moyenne 6 à 9 œufs, incubés pendant environ deux semaines. Les jeunes quittent le nid après trois à quatre semaines. En général, un couple de Pics cendrés occupe un territoire de 100 à 200 ha soit 1 à 2 km². Ce domaine vital s’élargit en dehors de la période de reproduction, jusqu’à 5 km².
Les cavités abandonnées sont ensuite utilisées par d’autres espèces forestières cavicoles (mésanges, sitelles, chauves-souris), faisant du Pic cendré une espèce ingénieure de l’écosystème forestier.
Le Pic cendré joue un rôle vital dans l’écosystème forestier :
- Régulation des insectes xylophages : En se nourrissant de larves d’insectes qui dégradent le bois, il contribue à la santé des arbres.
- Création d’habitats secondaires : Les cavités, qu’il creuse, servent de refuge à d’autres espèces (chauves-souris, chouettes, petits oiseaux, insectes).
- Indicateur écologique : Sa présence témoigne de la qualité et de la maturité de la forêt
Répartition et menaces
Répartition et statut de conservation
Le Pic cendré est une espèce présente en Europe, en Sibérie centrale, et en Extrême-Orient. Aujourd’hui, la tendance des effectifs du Pic cendré est favorable en Europe avec une population en augmentation de 30% entre 2007 et 2016 (European Bird Council), estimée entre 187 000 et 360 000 couples (UICN, 2016). À l’échelle mondiale, le Pic cendré est donc classé en préoccupation mineure.
En revanche, sa situation est plus préoccupante en France. Les effectifs nationaux sont estimés entre 1 000 et 4 000 couples nicheurs, avec une tendance au déclin marquée. Depuis les années 2000, les populations auraient diminué d’environ 40 %. Aujourd’hui, l’espèce est en net recul et est très localisée – principalement dans l’Est et le Centre de la France. L’espèce est classée « EN » (En danger) sur la Liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine.
Sur les listes rouges régionales, ses statuts de conservation sont également défavorables puisqu’il est classé comme « NT » (Presque en danger) en Bourgogne, et en région Grand Est comme « EN » (En danger) sur la liste rouge régionale de 2024.
Selon les connaissances actuelles, le Parc national de forêts accueille l’espèce, qui niche au sein des massifs forestiers, tant sur la partie Haut-Marnaise que Côte-d’Orienne.
Menaces
Le Pic cendré est avant tout menacé par certaines pratiques de gestion forestière, mais aussi par l’évolution des milieux qui lui sont associés.
La principale menace concerne la structure des peuplements forestiers. Plusieurs évolutions lui sont défavorables : raccourcissement des cycles sylvicoles, baisse de la diversité d’essences, enrésinement, diminution des arbres de gros et très gros diamètre, et suppression des arbres morts ou sénescents. Ces changements réduisent directement les sites de reproduction et d’alimentation (arbres propices aux cavités, bois mort, micro‑habitats), et agissent aussi indirectement en appauvrissant les populations d’insectes — notamment de fourmis, qui constituent une part importante de son régime alimentaire. La disparition des lisières sur terrains humides (lisières hygrophiles) au sein des massifs forestiers contribue également à réduire les zones de recherche de nourriture en dehors du couvert fermé.
La fragmentation des espaces forestiers, à l’intérieur des massifs comme entre massifs, pèse fortement sur l’espèce. Le rajeunissement de grandes surfaces, ne laissant que quelques îlots de vieilles forêts feuillues, limite la dispersion des jeunes oiseaux et affaiblit la connectivité entre populations. Dans le même sens, la régression des vieilles ripisylves (forêts riveraines) et des vergers à hautes tiges réduit les « corridors » entre massifs forestiers.
En contexte agricole, le retournement des prairies ainsi que l’usage d’engrais et d’herbicides diminuent l’abondance d’insectes, base alimentaire du Pic cendré.
La concurrence avec d’autres espèces pourrait aussi jouer un rôle. L’extension du Pic noir (Dryocopus martius) en plaine pourraient être une des causes de la diminution des populations de Pic cendré . La progression du Pic vert (Picus viridis) en milieu forestier peut entraîner une compétition pour les ressources alimentaires et l’accès aux cavités. Certaines interventions (création de routes forestières, ouverture du milieu) semblent également favoriser le Pic vert au détriment du Pic cendré. Cette concurrence pourrait en outre être renforcée par le réchauffement climatique.
Menaces principales
- Perte d’habitat : Abattage des vieux arbres et suppression du bois mort dans les forêts gérées intensivement.
- Fragmentation des habitats : Isolement des populations dû à la disparition des corridors forestiers.
- Changements climatiques : Impact indirect via modification des habitats et des ressources alimentaires.
Le Pic cendré dans le Parc national de forêts
Les aires protégées jouent un rôle clé dans la survie du Pic cendré :
- Suivi scientifique : Inventaires réguliers pour suivre les populations et leur dynamique.
- Gestion forestière adaptée : Maintien des vieux arbres – et notamment ceux avec cavités, préservation du bois mort, limitation des coupes intensives.
- Sensibilisation : Information des gestionnaires, des visiteurs et du grand public sur l’importance de cette espèce.
Les actions menées dans le Parc national de forêts
Le Pic cendré est un ambassadeur discret mais précieux des forêts. Sa conservation est un enjeu majeur pour la biodiversité forestière. Grâce à une gestion adaptée et à un suivi rigoureux dans les aires protégées, il est possible de préserver cette espèce et, plus largement, la richesse écologique des forêts. Le territoire du Parc national de forêts, à cheval sur le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté, se situe au cœur de l’aire de répartition résiduelle de l’espèce en France. Il constitue donc un refuge majeur pour les populations françaises de Pic cendré.
Le Parc national de forêts met en œuvre plusieurs mesures favorables au Pic cendré en tant qu’espèce étroitement liée à la maturité et à la continuité des peuplements forestiers :
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- La désignation d’espaces en libre évolution : îlots de sénescences, réserve intégrale, réserves biologiques domaniales intégrales, îlots de bois sénescents Natura 2000. Ces zones soustraites à toute intervention sylvicole, permettent le vieillissement naturel des peuplements, l’accumulation de bois mort et le maintien d’arbres à cavités. Ces zones en libre évolution couvrent actuellement une part croissante du Cœur du Parc national.
- La charte du Parc national, à travers ses orientations de gestion différenciée, encourage par ailleurs les propriétaires et gestionnaires forestiers de l’aire optimale d’adhésion à maintenir des arbres habitats, à diversifier les structures de peuplements (ex : peuplements en traitement irrégulier) et à limiter les enrésinements.
- Des protocoles de suivi des populations, en partenariat avec l’ONF, la LPO et les naturalistes locaux, permettent de documenter la présence et l’évolution de l’espèce sur le territoire.
Données d’observations sur le territoire
La LPO Bourgogne-Franche-Comté a mené historiquement des inventaires du Pic cendré dans le cadre de la Zone de Protection Spéciale (ZPS) des massifs forestiers et vallées du Châtillonnais, appartenant au réseau NATURA 2000 au titre de la directive européenne « Oiseaux ». Ces suivis, combinant écoutes passives et repasses, permettent d’évaluer la présence, la répartition et la densité de l’espèce dans ces milieux protégés. En 2017, 10 contacts avaient été établis dans les communes suivantes : Billy-lès-Chanceaux, Étalante, Rochefort-sur-Brévon, Terrefondrée, Villiers-le-Duc. En 2018, trois contacts avec des Pics cendrés ont été recensés dans la ZPS.
En 2025, à l’initiative du Parc national de forêts, ce protocole a été appliqué à un autre massif du Parc national, la forêt domaniale de Châtillon-sur-Seine, dans le cadre d’un projet en faveur des espèces à enjeux financé par le FEDER en Bourgogne-Franche-Comté. Ainsi, 11 opérateurs de terrain ont été mobilisés pour la réalisation des 179 points d’écoute : 7 agents de l’équipe du Parc national de forêts et 4 agents ONF. Les prospections se sont déroulées les matinées de temps clair (20 matinées ont été propices entre le 10 mars et le 12 avril 2025). L’espèce a été contactée sur 32 points d’écoute. Sur les 32 contacts issus du protocole, 5 ont été visuels, et à chaque fois, il s’agissait du couple (deux individus vus ensemble). Ces contacts peuvent donner des indications sur les territoires occupés par l’espèce, car le Pic cendré est territorial. Néanmoins, un contact peut être associé à un couple nicheur, mais aussi à un individu célibataire sans territoire. Au niveau de la densité de territoires dans la forêt domaniale de Châtillon-sur-Seine, cela correspondrait donc à entre un couple pour 285 à 402 ha, soit 2,5 à 3,5 couples pour 1000 ha.
Un état zéro a été réalisé en 2021 par l’ONF dans la forêt domaniale d’Auberive via un protocole d’écoute avec un échantillonnage systématique tous les 700m : une quinzaine de territoires, où il est présent (réponse ou contact spontané), ont été identifiés, ce qui correspond à environ 2,6 individus chanteurs pour 1000 ha.
Ce protocole a été appliqué dans d’autres grands massifs forestiers métropolitains, offrant ainsi des éléments de référence : la forêt domaniale de Châtillon-sur-Seine se situerait dans la moyenne haute en termes de densité de couples chanteurs de Pic cendré à l’hectare (Tableau 1).
| Forêt | Surface totale (ha) | Année | Couples / 1 000 ha |
|---|---|---|---|
| Forêt domaniale d'Auberive | 5 584 | 2022 | 2,6 |
| Forêt domaniale de Haguenau | 13 408 | 2005–2006 | 2,8 |
| Réserve biologique de Haguenau | 230,20 | 2015–2016 | 2,3 |
| Forêt domaniale de Tronçais | 10 536 | NA | 2,5 |
| Forêt domaniale de Loches | 3 587 | 2017 | 3,0 |
| Forêt domaniale de Châtillon | 8 833 | 2025 | 2,5 – 3,5 (médiane : 3,0) |
Tableau 1 : Densités de couples de Pics cendrés dans de grands massifs forestiers français (plus de 1000ha).
Lors des prospections de 2025 et 2026, plusieurs autres espèces de pics ont été identifiées de manière opportuniste, confirmant la richesse écologique du territoire :
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- Pic épeiche (Dendrocopos major)
- Pic épeichette (Dryobates minor)
- Pic mar (Dendrocoptes medius)
- Pic noir (Dryocopus martius)
- Pic vert (Picus viridis)
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Périmètre de l'observatoire des forêts
Un Parc national est composé de deux parties : le Cœur réglementé et le territoire de projet, appelé aire d’adhésion. Le territoire hors cœur des communes non adhérentes ne figure pas dans le Parc national. Toutefois, comme les communes non adhérentes peuvent choisir d’adhérer progressivement, il a été retenu pour le présent observatoire de distinguer seulement (1) le Cœur réglementé et (2) l’aire optimale d’adhésion (AOA) couvrant le territoire de 127 communes. Ce choix permet de suivre des dynamiques de long terme à l’échelle de l’ensemble du territoire. Le périmètre géographique de mesure des indicateurs de l’observatoire restera stable dans la durée.
Source de données
Source des données : Parc national de forêts, en partenariat avec l’ONF et la LPO BFC
Protocole de mesure : Le protocole repose sur un réseau de points d’écoute répartis sur l’ensemble des forêts publiques de la partie Côte-d’Orienne du Parc national de forêts selon une maille de 700 × 700 m, dont l’emplacement a été légèrement ajusté pour faciliter l’accès des observateurs. Chaque point est prospecté une seule fois entre le 10 mars et le 10 avril, dans des conditions météorologiques favorables et entre une et quatre heures après le lever du soleil. À chaque point, une séquence standardisée de 8 minutes est réalisée, alternant des phases d’écoute passive et de repasse sonore (i.e. diffusion du chant du Pic cendré). Tout contact avec l’espèce cible, spontané ou provoqué, est relevé et localisé, la repasse étant interrompue dès la première détection. Les observateurs notent également les observations opportunistes ainsi que les contacts avec les autres espèces de pics. L’utilisation de la repasse, susceptible d’influencer temporairement le comportement des individus, fait l’objet d’un encadrement strict. Son usage est limité au cadre de ce protocole standardisé et, pour les secteurs situés en cœur de Parc national, a fait l’objet d’une demande d’autorisation ainsi que d’un avis favorable du Conseil scientifique. En 2025, 179 points d’écoute ont été réalisés. En 2026, ce sont 59 points d’écoute qui ont été faits au sein du Parc national (en Aire d’adhésion, sinon 115 en Aire Optimale d’Adhésion).
Équipements : Enceintes W-King S7 préalablement calibrées à un volume de 72 dB à 1 mètre.
Financeurs : Union européenne pour la région Bourgogne-Franche Comté (subvention FEDER) et Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté (animation Natura 2000).
Bibliographie et ressources utiles
Ressources institutionnelles
Ressources proposées par des organismes publics, institutionnels ou de référence permettant d’apporter un cadre général, réglementaire ou scientifique à cette thématique.
Pic cendré – fiche espèce LPO
Présentation détaillée du Pic cendré, de son habitat forestier, de son comportement et de son statut de conservation en France.
Pic cendré – référentiel espèce Fauna
Fiche de référence présentant les informations taxonomiques et les données associées au Pic cendré dans les bases naturalistes.
Pic cendré – Parc naturel régional de la Forêt d’Orient
Présentation de l’espèce, de sa répartition et des enjeux de conservation associés aux milieux forestiers.
Documents et référentiels techniques
Rapports, études, référentiels et publications techniques permettant d’approfondir les connaissances et d’accéder aux documents de référence liés à cette thématique.
Synthèse bibliographique – Pic cendré
Document technique consacré à l’écologie du Pic cendré, à ses habitats et aux continuités écologiques favorables à l’espèce.
Fiche espèce – Pic cendré
Fiche technique présentant les caractéristiques écologiques du Pic cendré et les mesures favorables à sa préservation.
Liste rouge des oiseaux de France métropolitaine
Évaluation nationale du statut de conservation des oiseaux nicheurs, incluant le classement du Pic cendré.
Étude ornithologique sur le Pic cendré
Analyse scientifique consacrée à la présence et à l’écologie du Pic cendré dans les milieux forestiers européens.
Oiseaux et forêts anciennes
Publication technique sur les oiseaux associés aux forêts anciennes, incluant les exigences écologiques du Pic cendré.
Les pics et les arbres
Document consacré aux relations entre les espèces de pics et les habitats arborés nécessaires à leur reproduction.
Les pics, habitants exigeants des forêts
Publication scientifique sur les exigences écologiques des pics forestiers et l’importance des vieux peuplements.
Données et outils
Bases de données, observatoires, indicateurs et outils permettant de suivre les évolutions, d’explorer les données disponibles et d’éclairer les analyses sur cette thématique.
Pour aller plus loin
Sélection d’articles, podcasts, guides et contenus pédagogiques permettant d’explorer cette thématique sous différents angles et d’en approfondir les enjeux.